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LE GANG DES MÉGÈRES INAPPRIVOISÉES

Le gang des mégères inapprivoisées (The Gropes, 2009) de Tom Sharpe, traduit de l’anglais par Daphné Bernard. Éditions Belfond, 2010 ; 10/18, 2011.

Le gang des ménagères inapprivoisées_Tom SharpeHorace Burnes, un banquier timide d’âge moyen aux principes moraux simples et fermement établis, ne supporte plus son adolescent de fils, Esmond, qui lui donne l’horrible impression d’avoir en permanence face à lui –notamment lors des mornes petits déjeuners de mauvais porridge- un désolant double de lui-même en version jeune qui le fait vieillir prématurément. A la consternation de sa femme Véra, qui elle plane dans le monde mièvre et sucrée des romans à l’eau de rose et qui surprotège et porte aux nues leur progéniture, Horace se met à fréquenter les pubs. Lors de son retour au foyer un soir de libation excessive, Horace s’empare d’un couteau de cuisine et menace son fils. Après avoir réussi à envoyer dans sa chambre son mari ivre mort, Véra fait appel à son beau-frère Albert, un riche margoulin vendeur de voitures d’occasions et propriétaire d’un self abattoir, pour qu’il parle à Horace. Mais celui-ci parvient à embrouiller Albert de telle façon que ce dernier convint à son tour Véra qu’il faut éloigner Esmond et se propose de le recueillir chez lui. Belinda, la femme d’Albert, une ménagère obsessionnelle, est d’abord réticente à la présence d’Esmond. Puis, un soir où son mari, après avoir initié Esmond aux plaisirs de l’alcool, s’écroule fin saoul, elle kidnappe le jeune homme, lui aussi assommé par l’alcool, pour l’emmener dans le domaine de ses ancêtres ; car Belinda est une Grope, très ancienne et riche famille installée dans Northumberland depuis l’époque viking qui a toujours été dirigée d’une main de fer par des femmes, terrorisant la région alentour et dont la coutume veut que l’on enlève et séquestre des jeunes hommes, et les utilise pour engendrer la descendance –féminine- des Grope.

 

Un roman de Tom Sharpe, c’est du Monty Python  -pour le ridicule des personnages- donnant dans le burlesque du cinéma américain des années vingt -pour la propension à la destruction matérielle- passé au décodeur de Hara-Kiri-le journal bête et méchant -pour le mauvais esprit- ; ce sont des quiproquos et imbroglios entre des personnages stupides et caricaturaux dont les comportements et réactions les empêtrent de plus en plus dans d’inextricables situations farfelues s’enchaînant pour dégénérer dans le chaos ; c’est grotesque, sauvage, excessif et ça n’épargne rien -surtout pas les institutions-  ni personne, personnages masculins et féminins s’y répartissant équitablement de multiples tares ; et c’est irrésistible.

Mais ce Gang des mégères inapprivoisées est un Tom Sharpe de petite facture. Tous les ingrédients ont beau être là, ce court roman, même s’il offre son lot de situations saugrenus et embrouillaminis qui prêtent à rire, est moins inspiré que les œuvres antérieures de l’auteur, donnant le sentiment que toutes les voies qu’il ouvre ne sont pas poussées aussi loin qu’elles auraient pu l’être. Si pourtant les personnages y sont tous ridicules et bêtes à souhait, tenant des raisonnements biscornus les amenant à d’hilarants comportements extravagants, la charge bouffonne contre l’institution policière -dont tous les membres sont des ballots- plaisamment outrancière, et l’historique, les mœurs et les coutumes pour le moins insolites des The Gropes pleines de potentiel comique, l’ensemble ne prend pas vraiment, tant ce roman semble écrit un peu à la va vite, laisse un goût d’inachevé et paraît même avoir un problème de structure, s’ouvrant par deux chapitres consacrés au passé des Gropes avant de se pencher sur la famille Burnes, le lien entre ces deux parties ne se faisant que dans le dernier tiers du livre.

Pour l’amateur de l’iconoclaste romancier anglais, The Gropes est donc une petite déception sentant un peu la redite et donnant une image affadie de ce dont Tom Sharpe a été capable avec des œuvres telles que son diptyque Sud-Africain Mêlée ouverte au Zoulouland Outrage public à la pudeur (Riotous assembly, 1971 / Indecent exposure, 1973) dans lequel il dézingue avec une allègre férocité l’Apartheid ; ou cet autre diptyque Porterhouse /Panique à Porterhouse (Porterhouse blues, 1974 / Grandchester grind, 1995), sorte d’anti Harry Potter où il massacre gaiement l’institution scolaire à l’anglaise ; ou encore les premiers romans de la série Wilt (Wilt, 1976 ; The Wilt Alternative, 1979 –cinq volets au total à ce jour-), charge foutraque contre l’institution familiale et les mœurs britanniques ; ou, au fond, avec à peu près n’importe lequel autre de la quinzaine de romans précédents à l’actif de l’auteur dans lesquels il tire à vue avec une féroce irrévérence farce sur toutes les formes de respectabilité.

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